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Philippe Naud : 'De la joie avec un peu de fierté'

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De retour de justesse des États-Unis avant le début du confinement, Philippe Naud est revenu sur son titre de vice-champion du monde Para Surf décroché à la Jolla en Californie. Philippe s'est confié sur sa préparation, les conditions, sa stratégie, l'ambiance d'équipe... Il nous a également annoncé qu'une vidéo immersion réalisée par la Fédération Française de Surf devrait voir le jour d'ici peu. En attendant bonne lecture !


Tu reviens des Championnats du monde Para Surf, comment as-tu vécu la compétition cette année ?


C'était ma troisième participation à ces mondiaux. L'année dernière, je n'avais même pas passé les phases de qualifications, donc j’étais encore un peu frustré. Cette année, j'étais mieux préparé, mentalement et physiquement. Plus serein. Je savais que j'allais arriver dans une équipe de France plus complète que les autres années, avec des personnes que je voulais revoir, et aussi de nouvelles têtes. J'avais hâte !

Comment se sent-on après un titre de vice-champion du monde ?

Sur le coup tu ne te rends pas vraiment compte, il y a encore des coéquipiers qui n'ont pas fini leur série, alors que toi tu sors de l'eau et toute l'équipe te saute dessus. J'ai réalisé le soir, quand j'ai eu les retours et les félicitations de toute l'équipe. C'est à ce moment-là que j'ai ressenti de la joie avec un peu de fierté. Et puis le retour en France a été particulier, du coup je n'ai même pas pu fêter mon titre avec les amis et la famille. Mais je suis très heureux de ma performance… Pour le reste on se rattrapera plus tard !

As-tu suivi une préparation spécifique avant la compétition ?

Non pas vraiment. J'essayais de surfer tous les jours sur l’île après la saison (Philippe habite à l'Île d'Yeu), même quand c'était pourri, ne serait-ce qu'une heure. On m'a offert une Indoboard pour bosser mes transferts d'appuis, là où j'ai des difficultés avec mon handicap, et des élastiques de musculation. Je n’étais pas très assidu mais ça m'a bien aidé au final. Et puis j'ai un ami qui ne me lâche pas, Antoine Delonde de la Tranche-sur-Mer. On a organisé quelques jours de training surf et Smoothstar, du débriefing vidéo, de la piscine... C'est éprouvant mais ça me fait vraiment progresser.

 

Tu participais dans la catégorie Stand 2, peux-tu nous en dire plus ?

La catégorie Stand 2 regroupe les personnes qui surfent debout avec une amputation en dessous du genou. Récemment, ils ont modifié toutes les catégories pour que ce soit plus équitable. L'année dernière, par exemple, je concourrais avec des surfeurs ayant une amputation d'un membre supérieur. Ces championnats était plus juste au niveau de ma catégorie.

Qu’as-tu pensé de ces petites conditions ?

Bon... La Jolla… on commence à avoir l'habitude de ses petites vagues ! Mais cette année c’était particulièrement petit. Je suis habitué à surfer du reef avec un peu de taille sur mon caillou... Heureusement que j'avais ma 7 pieds pour ce genre de vagues. J'ai surfé uniquement cette planche et elle m'a emmené en finale.

La demi-finale et la finale se sont jouées dans les dernières secondes, raconte-nous ces scénarios un peu fous qui ont tourné en ta faveur :

On a eu une nouveauté cette année : les priorités. Je n’étais pas forcement habitué à surfer avec, mais j'avais bien compris les règles et toute la stratégie qui pouvait en découler. Sur la demi-finale, je savais que je n'avais plus le temps de récupérer la priorité, il restait à peine une minute. Du coup je me suis complètement écarté du pic, en espérant l'arrivée d'une dernière vague. Elle a fini par arriver, j'ai scoré, et je suis passé second devant le Japonais juste avant le buzzer ! Pour la finale c’était complètement différent. J'étais tout seul sur mon pic, à la limite de la zone de compétition. Une stratégie élaborée avec Régis Blanchard (CTN et membre du staff), et ça a payé ! À l'eau j'entendais mal les scores mais je sentais que j'étais dernier et que je devais tout donner sur la dernière. Je suis passé de la dernière place à la deuxième !



Tu termines second derrière un adversaire impressionnant (le Brésilien Roberto Pino), tu le connaissais avant ? Tu savais qu’il participait dans la même catégorie que toi ?

Je ne savais pas qu'il allait être dans la même catégorie que moi car la commission a modifié toutes les catégories avant le début de ces mondiaux. Je savais déjà comment il surfait, surtout dans ce genre de vagues. Un adversaire qui était pour moi techniquement imprenable.

En voyant les différents types de handicap au sein d’une même catégorie, on peut légitimement se poser la question de l’équité. Qu’as-tu à répondre à ça ?

Il n'y aura jamais d'équité. Il y a déjà beaucoup de catégories dans lesquelles il n'y a pas le même handicap. Adi Klang, finaliste dans ma catégorie, n'a par exemple pas de prothèse. Et je ne parle pas de Roberto Pino, qui n'a pas du tout les mêmes problématiques que moi en surf. Dans chaque catégorie c'est comme ça, il faut l’accepter.



Comment s’organisait le coaching ?

Nous sommes arrivés quelques jours avant le début des épreuves ce qui nous a permis de surfer tous les jours et de découvrir le spot. Certains ne le connaissait pas donc c’était très important. Durant la compétition, nous avons toujours eu de bons conseils du staff : stratégie avant les séries, analyse du spot, choix de planche… Des éléments essentiels surtout dans ces conditions. Un débriefing collectif avait lieu chaque soir.

Que penses-tu de la performance de l’équipe (5ème Nation mondiale comme l’an dernier) ?

Au vu du nombre d’athlètes et de la motivation de cette équipe de France, on aurait pu largement se hisser sur le podium. Il y a eu quelques contre-performances de certains athlètes. Ils auraient tellement mérité d'aller plus loin, c'est dommage. L'année prochaine on sera sur le podium, c'est sûr !



Raconte-nous l’ambiance dans l’équipe liée à ce contexte particulier :

Tout au long du séjour, on ne savait pas si on allait pouvoir aller jusqu'au bout de la compétition donc imaginez le stress. Heureusement, il régnait au sein de l'équipe une motivation et une bonne humeur qui nous faisait oublier tout ça. Merci à notre capitaine Éric Dargent d'avoir fédéré et soutenu toute l'équipe durant le voyage. Avec une ambiance et une énergie comme celle-ci, je pense que c'est de loin ma meilleure compétition au sein de l'équipe de France. Cela s’est forcément répercuté sur mon résultat.

Un dernier mot ?

Je voulais remercier mon prothésiste Sylvio Bagnarosa (BOP Technologies) pour son aide et l’élaboration de nouveaux équipements. Merci au Surfing Saint-Gilles pour le soutien. Merci à Guillaume Lefriant, shaper à Longeville avec qui je bosse sur mes planches. Patrick Waitin de Surf System pour les combinaisons WEST, Stéphane Piret pour le Smoothstar et la bagagerie. Merci au staff et à toute l'équipe de France pour cette formidable aventure. Merci à mes amis et à ma famille de me soutenir et de m'encourager. Prenez soin de vous.


Vous pouvez retrouver tous les résultats détaillés et les highlights vidéos ici : https://www.isasurf.org/para-surfing/en/